top of page

#39 On a inventé l'informatique pour ne plus calculer. Puis on a passé cinquante ans à taper.

Francois VEAULEGER
il y a 1 jour
3 min de lecture

Nous parlons de ChatGPT, de Claude ou de Gemini tous les jours, comme s'il s'agissait d'un objet tombé du ciel en 2022. Prenons trois minutes pour reculer. L'informatique a été inventée pour une raison précise, et cette raison n'a jamais été de faire taper les humains sur un clavier huit heures par jour.

L'intention d'origine : déléguer le travail répétitif

Avant d'être une machine, le mot « computer » désignait un métier. Un ordinateur était une personne, souvent une femme, payée pour exécuter des calculs à la chaîne dans les bureaux d'astronomie, de balistique ou d'assurance. Toute l'histoire de la discipline part de là : soulager l'humain d'une tâche mécanique qui l'occupe sans le grandir.

Charles Babbage conçoit sa machine à différences dans les années 1820 parce que les tables de logarithmes et de navigation publiées sont truffées d'erreurs humaines, avant d'imaginer la machine analytique, plus générale, à partir de 1834. Herman Hollerith invente la mécanographie à cartes perforées pour le recensement américain de 1890, qui menaçait de prendre plus de dix ans à dépouiller à la main. L'ENIAC, en 1945, calcule des trajectoires d'artillerie. Dans les trois cas, l'objectif est identique : la machine prend le travail répétitif, l'humain garde le jugement.

Notez ce qui manque dans cette généalogie. Personne n'a jamais écrit que l'objectif était de créer un métier consistant à ressaisir des données dans un formulaire.

Les visionnaires ont décrit autre chose que ce qu'on a construit

En 1960, J.C.R. Licklider publie un texte intitulé « Man-Computer Symbiosis ». Sa thèse est limpide : la relation cible n'est pas celle d'un outil qu'on manipule, mais celle de deux partenaires qui pensent ensemble, l'humain fixant les buts et formulant les questions, la machine faisant le travail préparatoire. Il ajoute une remarque devenue légendaire : dans son propre travail, environ 85 % de son temps « de réflexion » était en réalité consacré à des tâches de préparation mécanique, pas à réfléchir.

Deux ans plus tard, Douglas Engelbart publie « Augmenting Human Intellect ». En décembre 1968, il fait la démonstration à San Francisco de la souris, de l'hypertexte, de la visioconférence, de l'édition collaborative en temps réel et du fenêtrage. Tout cela existe depuis cinquante-huit ans. La séance est passée à la postérité sous le nom de « The Mother of All Demos ».

Ce que Licklider et Engelbart décrivaient, c'était une conversation. Ce que l'industrie a livré, c'est une interface de saisie.

Le clavier n'est pas une conquête, c'est un héritage

Regardez l'objet devant vous. La disposition de vos touches remonte à la machine à écrire de Christopher Sholes, brevetée en 1868. Elle n'a pas été optimisée pour la vitesse de la pensée humaine mais pour empêcher les marteaux mécaniques de se coincer. Nous utilisons en 2026 un compromis d'ingénierie destiné à résoudre un problème de tringlerie qui n'existe plus depuis un siècle.

L'écran, la fenêtre, l'icône et le pointeur viennent du Xerox PARC au début des années 1970, popularisés par le Macintosh en 1984. Depuis, la grammaire n'a quasiment pas bougé. Quarante ans de stabilité d'interface dans un secteur qui se présente comme le plus rapide de l'économie, c'est une anomalie que personne ne commente.

La conséquence est passée dans les mœurs au point de devenir invisible : pour obtenir quoi que ce soit d'une machine, c'est à l'humain d'apprendre la syntaxe. Le menu déroulant, l'arborescence de dossiers, la formule de tableur, le langage de programmation, le champ obligatoire du formulaire. À chaque fois, l'humain traduit son intention dans un protocole conçu pour la machine. Nous appelons cela « savoir se servir d'un ordinateur ». C'est en réalité le prix d'un malentendu historique.

Et maintenant ?

La question qui ouvre cette série n'est donc pas « l'IA va-t-elle tout changer ». Elle est plus dérangeante : et si l'informatique des cinquante dernières années avait été une longue parenthèse technique, et si nous étions en train de revenir à ce que Licklider et Engelbart avaient décrit dès le départ ?

Si c'est le cas, alors les modèles de langage ne sont pas une rupture. Ils sont la couche d'abstraction suivante d'une série qui en compte déjà cinq ou six, et le vrai sujet n'est ni la technologie ni les modèles, mais la relation entre l'humain et la machine. C'est l'objet du prochain article.

Chez Agence Alps, nous travaillons cette question sous un angle très concret : quelles tâches de vos équipes relèvent encore de la saisie et de la mise en forme, et que resterait-il de leur métier si on les en débarrassait. Si vous préparez une feuille de route numérique pour 2027, c'est le bon moment pour poser la question à l'endroit.

 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note

Où nous trouver

Téléphone

+33 (0)628 82 68 98

Adresse Océan Indien

39 chemin de la poste 97416 SAINT-LEU, La Réunion

Membre du réseau Régiosuisse

Membre du MEDEF Réunion

Membre du MEDEF International

Expert Consultant pour les Nations Unies n° 695474

Expert Consultant pour la Commission Européenne n° EX2020D393727

Consultant pour l’Asian Development Bank n° 183927

  • Facebook
  • Instagram
  • LinkedIn
  • Apple Music

© 2026 par Agence ALPS. Créé avec Wix.com

bottom of page